PV 2020 : 4 militant-e-s romand-e-s s’expriment

vendredi 1er septembre 2017
par  SF

Ces témoignages sont parus dans le journal Services Publics no 13 du 1er septembre 2017.

Ruth Dreifuss et Cie ne représentent pas les femmes syndicalistes !
Je suis fâchée à chaque fois que je lis une prise de position de Mesdames Ruth Dreifuss ou encore Christiane Brunner soutenant la réforme PV 2020. Elles se servent de leur notoriété pour légitimer un projet qui obligera les femmes à travailler une année de plus, alors que l’égalité n’est toujours pas une réalité et que les conditions de travail se dégradent.
Pendant les deux années où j’ai travaillé comme secrétaire syndicale, j’ai appris que c’est un métier difficile. J’ai rencontré les personnes qui, par manque de compréhension d’un système très compliqué, ont pensé que travailler toute leur vie et s’occuper en même temps de leur famille seraient suffisants à leur garantir une retraite digne. J’ai découvert les situations qui passent à travers les mailles du filet social, quand une incapacité de travail ou un licenciement brise une vie. Non, ça n’arrive pas qu’aux autres, et les répercussions se font sentir jusqu’à la retraite.
Les femmes syndicalistes qui m’inspirent s’appellent Bea, Michela, ou Geneviève. Vous ne le verrez peut-être pas en Une du Matin dimanche, célébrant le compromis et la victoire « stratégique » : elles sont trop occupées à recevoir les salarié-e-s que personne n’a écouté-e-s et mener des campagnes pour vos droits ! Ces syndicalistes se battent contre PV 2020. Pourquoi ? Parce qu’étant quotidiennement en contact avec les personnes qui en paieront les conséquences, elles jugent cette réforme profondément injuste. Elles voient à quel point la « flexibilisation » use les salarié-e-s. Elles voient combien il est difficile de retrouver un travail dès 50 ans. Elles ont aussi vu que les maladies professionnelles ne sont presque jamais reconnues comme telles. L’expérience leur a montré que les salarié-e-s qui peuvent se le permettre s’arrêtent plus tôt, alors que d’autres doivent travailler jusqu’au bout pour ne pas voir leur maigre retraite amputée. Elles savent que les femmes continuent d’être moins bien payées que les hommes, tout en assurant la majeure part des tâches domestiques. Laissons donc Ruth et consort prendre leur coquette retraite et redonnons la parole aux femmes syndicalistes d’aujourd’hui, car ce sont elles qui détiennent l’expertise du terrain !
Marina Gutmann - membre SSP Région Vaud

Un projet qui infantilise le débat
Alain Berset et le projet PV 2020 infantilisent le débat public en proposant le relèvement de l’âge de la retraite des femmes d’une année. Cette mesure est scandaleuse car elle démontre le renoncement à lutter efficacement pour l’égalité de salaire entre hommes et femmes, situation qui devrait être réglée avant tout autre proposition.
Le fait de prolonger la durée du travail entrainera une baisse de rente, car la plupart des femmes ne peuvent travailler sans arrêt, notamment car ce sont elles qui mettent au monde la nouvelle génération. Or le calcul de départ se fera sur 44, et non plus sur 43 années de cotisation, pour une rente complète.
Les 70 francs de compensation proposés par PV 2020 seront rapidement rattrapés par la baisse du taux de conversion LPP, l’inflation et l’augmentation de la TVA, l’impôt le plus antisocial qui soit. Le changement de l’âge de la retraite est un changement structurel. Par contre, le susucre de 70 francs n’est qu’un changement conjoncturel – et pas un pourcentage de la rente.
Ce qui importe pour pérenniser et améliorer nos assurances sociales, c’est la productivité d’une société et la part qui est réservée au salaire indirect, c’est à dire la part réservée aux assurances sociales. Cette productivité des travailleurs est accaparée de plus en plus par les actionnaires et les dirigeants, alors que les salariés en sont de plus en plus dépossédés. Nous sommes au cœur du problème et nous ne pourrons éviter cette lutte. Sinon, les dégradations du système de protection sociale s’amplifieront sans cesse.
L’AVS demeure le système le plus performant et le plus sûr. Il est aussi celui qui est le plus attaqué par les assurances privées. Si M. Berset veut contribuer à améliorer les assurances sociales et avoir notre soutien, il faut qu’il ait le courage de s’attaquer à la redistribution de la productivité du travail, à l’égalité des salaires entre hommes et femmes, et non jouer la facilité en s’attaquant à celles qu’il pense être les plus faibles. Pour l’instant, c’est NON à PV 2020.
Pierre Duffour - membre SSP Région Fribourg

La retraite à 64 ans, ce n’est pas un luxe !
J’ai 58 ans et je travaille en tant qu’aide-soignante dans un EMS fribourgeois depuis de longues années. La réforme des retraites PV2020 me sera entièrement défavorable, pour plusieurs raisons.
Si Prévoyance vieillesse 2020 passe, ça m’obligerait à travailler une année de plus. Mon travail est très physique. Il consiste notamment à soulever de lourdes charges, lorsqu’il faut soulever ou déplacer des patients par exemple. Toutes les personnes qui arrivent en fin de carrière autour de moi, dans le domaine des soins, disent qu’elles souffrent de problèmes physiques et sont épuisées. Partir en retraite à 64 ans ce n’est pas du luxe ! Et pouvoir profiter d’une année de qualité en plus à la retraite, ça compte ! En ayant travaillé toute ma vie, j’estime que j’ai le droit de pouvoir pleinement profiter des premières années de ma retraite ! D’autant plus qu’en partant une année plus tard à la retraite je perdrai une année de rente.
Il y a une contradiction dans cette réforme. D’un côté, on demande aux femmes de travailler plus longtemps. Mais, de l’autre, si on a le malheur de perdre son travail après 50 ans, il devient dur d’en retrouver un. PV 2020 risque donc d’augmenter le nombre de travailleurs, notamment âgés, au chômage.
La compensation à la réforme des retraites est 70 francs d’augmentation de la rente AVS. Mais ces 70 francs, on ne les verra pas passer ! Déjà mon pouvoir d’achat va baisser durant le reste de ma vie active à cause de l’augmentation des cotisations à l’AVS et au 2e Pilier, sans oublier celle de la TVA. Ces 70 francs sont sensés couvrir toutes ces dépenses, plus rembourser l’année de rente perdue en partant plus tard à la retraite ! Et dans le calcul, on ne parle même pas de l’augmentation perpétuelle des primes maladies. Non, je n’ai rien à gagner financièrement dans cette réforme et je voterai deux fois NON le 24 septembre.
Irène Zurkinden - membre SSP Région Fribourg

L’heure de vérité approche !
Dans les autres pays européens, les travailleuses et les travailleurs sont obligé-e-s de bloquer les gares et les aéroports pour s’opposer au démantèlement de l’Etat-providence ; en Suisse, on sort les stylos pour convoquer le peuple devant les urnes par un référendum.
Les militantes et les militants de la Suisse du peuple se sont mobilisé-e-s d’une manière extraordinaire. 70 000 signatures récoltées en cent jours pour désavouer cette réforme qui devrait se faire sur le dos de la classe ouvrière, avec la bénédiction des directions syndicales, inféodées aux cadres du Parti socialiste. La réplique de ceux-là ne s’est pas fait attendre. Un comité de syndicalistes en faveur de PV 2020 a été créé. Sa composition est exemplaire du fossé qui se creuse dans la sociale-démocratie : une ancienne conseillère fédérale qui a supprimé deux ans de retraite aux femmes ; un ancien sénateur ; un ancien conseiller national ; un ancien syndicaliste, aujourd’hui municipal d’une commune vaudoise. On n’efface pas huitante années d’implication dans la politique de « paix du travail » d’un coup de baguette magique !
Comment en est-on arrivé à cette regrettable division dans les fédérations ouvrières de notre pays ? Au temps de la guerre froide en Europe, le patronat n’avait pas d’autre choix que celui de financer l’Etat social, pour couper l’herbe sous les pieds des partis communistes contrôlés par Moscou.
Après la réunification allemande et la disparition de l’Union Soviétique, ce régime de faveur a été remis en question, de façon générale, par ceux qui l’avaient construit.
La délocalisation et la mise en concurrence des travailleuses et des travailleurs par la mondialisation de l’économie de marché ont affaibli nos organisations syndicales. Travailleuses et travailleurs, profitez de l’occasion qui vous est offerte : refusez une nouvelle dégradation de vos conditions sociales, en votant non à cette réforme !
De l’argent, il y en a beaucoup : 1000 milliards accumulés dans le deuxième pilier pour une population de huit millions d’habitants, sans parler des excédents de l’AVS. Le statu quo est plus favorable que PV 2020 !
Jean-Claude Cochard - président Union syndicale vaudoise


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